Je retrouvais Snotty dehors, pelotonné sous un buisson du jardin, tremblant de froid. Il ne semblait pas vouloir bouger. Je cru lire de la peur dans ses yeux canins. Je le ramenais à l’intérieur dans mes bras et le déposais délicatement sur son coussin, près de la cheminée, dans le salon. Je lui amenais ensuite une gamelle de nourriture préparée avec ce que je n’avais pu avaler. Enfin je lui apportais un peu d’eau dans une écuelle.
Snotty huma prudemment la gamelle et l’écuelle. Il trempa sa langue dans l’écuelle et bu un peu d’eau avant d’entamer la gamelle. La cheminée émettait maintenant une douce chaleur. Je fixais le feu avec un peu d’inquiétude. Lorsqu’il eu fini, Snotty posa ses pattes sur le cousin, sa tète sur ses pattes et ferma les yeux. Il les rouvrit vivement lorsque je retirais la gamelle puis les referma alors que je retournais à la cuisine.
Je n’avais pas besoin de sortir le chien ce soir. Je le laissais donc au coin du feu. Je me décidais enfin à sortir jusqu’au supermarché voisin pour acheter une petite côte de boeuf. L’idée d’un bon morceau de viande me trottait dans la tète et, quoique sans appétit depuis hier, je me laissais tenter. Je revenais sans rien. Le supermarché avait pris un aspect étrange. Une odeur d’abattoir régnait dans les allées. Une odeur forte de sang caillé. La viande me paru répugnante, comme la plupart des autres mets présentés dans les bacs. Il y avait peu d’autres clients à cette heure tardive. L’un d’entre eux semblait au seuil de la mort. Une des caissières perdait son sang menstruel. Détails inutiles et dérangeant qui pourtant se gravèrent dans mon esprit.
Sans doute la fatigue. Ma montre indiquait maintenant minuit. Je n’avais pourtant pas sommeil. Je rentrais à la maison. Snotty n’avait pas bougé il leva une oreille méfiante lorsque je sortais du garage puis sembla se rendormir. J’entendais le battement rapide, régulier de son coeur. J’allumais la télévision pour passer le temps. Je n’avais décidément pas envie de dormir. Celle-ci vint finalement à l’approche de l’aube. Sans trop savoir pourquoi je descendis la couette qui garnissait notre lit et l’installait dans la baignoire de la salle de bain du rez-de-chaussée. La couette portait encore l’odeur de Katia. J’y fourrais mon né quelques minutes puis il me sembla que je perdais conscience. Mon âme partit à sa recherche.
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Je repris conscience la petite salle de bain toujours plongée dans l’obscurité. Je sortis et je me dirigeais vers la cuisine. La pensée d’un café, quoique me donnant ne vague nausée paraissait réconfortante. Le nuit était tombée. Une journée s’était passée. Je me sentais bien. Tout semblait parfaitement clair. Dehors un voisin promenait son chien. Le chien tirait sur la laisse pour traverser la rue. Plus l’odeur du café emplissait l’air plus ma nausée grandissait. A peine avalais-je la première gorgée du breuvage brûlant que je la vomissais dans l’évier. J’y vidait le reste de la tasse. Un morceau de pain suivi bientôt le même chemin. Je n’avais pas vraiment faim ou soif de toutes les façons.
Je restais quelque temps a regarder par la fenêtre. Une odeur fétide m’entourait mais il me fallu du temps pour réaliser que j’en étais la source. Mes vêtements étaient humides, souillés. Je me dépouillais et montait à l’étage prendre une douche bienvenue. Je déposais mes affaires dégoûtantes dans la machine à laver le linge en passant. La douche me fit le plus grand bien. Je m’habillait de vêtements propres pris au hasard dans le placard. Une chemise, un jeans. Je mis le lave linge en marche avec une double dose de lessive puis redescendit dans le salon et allumait la télévision. L’éclat de l’écran me fit mal aux yeux et je les détournais le temps de m’habituer. Je réalisais que je n’avais pas allumé la lumière de puis mon réveil.
Il était 18h. Les informations locales allaient bientôt se terminer. On attendait de la neige pour demain mais le match aurait lieu comme prévu. Une journée complète avait passé ? Avais-je vraiment vu Katia ? Avais-je réellement bu son sang ? Où est Snotty ?
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La descente fut abrupte. Quelques minutes d’extase laissèrent la place à une terrible agonie. Je mourrais. Mon corps entier se rebellait, combattait un ennemi invisible qui me rongeait les entrailles, agrippait mon coeur, dévorait mon foie.
Lentement mais sûrement, ma chaire perdait cette bataille. Bientôt mon urine tiède trempait mon pantalon. Je me débattait sur le sol, roulant dans les excrément que je ne pouvais plus retenir, m’enroulant dans les intestins noircis qui s’échappaient de mon rectum. Il fallut toute ma volonté, la force que me prêtait mon amour pour Katia pour ne pas laisser échapper mon âme avec ma vie.
Mon coeur cessa de battre. Le douleur reflua, s’effaça. Tout semblait plus clair, paisible. L’odeur était épouvantable mais mon corps n’y réagissait pas. Pas de nausée. Pas vraiment de dégoût. Au contraire, je restais fasciné par ce qui était en moi, par les détails que je voyait. Par la façon dont le sang envahissait le sol en béton. Je sentais monter en moi l’envie de le boire, de retrouver l’extase.
Le jour pointait. Quelque chose en moi remua. Je bougeais, vite. Je retournais dans la maison, laissant derrière moi une traînée immonde sur la moquette propre. Je me réfugiais presque inconscient dans les toilettes du rez-de-chaussée. Je me recroquevillais dans un coin.
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C’est alors que Théodore surgit. Et soudain la mémoire me revint. C’est lui qui avait enlevé Katia, ce soir là dans le parc. C’est lui qui avait brisé mon bras telle une brindille lorsque j’essayais de le jeter au sol. Je réalisais enfin en cet instant qu’il avait été là depuis longtemps, loup solitaire guettant sa proie, attendant patiemment un moment propice.
“Viens avec moi !” tonna-t-il, fixant Katia de ses yeux furieux. “Toi, débrouille toi. Survis si tu peux.” Ajouta-t-il en se tournant vers moi, sa bouche formant un petit sourire cynique. Ils n’étaient plus là. Il m’avait retiré Katia une nouvelle fois. Je n’ai pas même esquissé un geste pour la retenir. Pas un cris. Pas une protestation.
Je continuais à me baigner dans le plaisir sans comparaison que je ressentais. Chaque goutte du sang de Katia semblait envahir mes veines, mes entrailles, mon cerveau, mon âme même. Il éblouissait mes sens. Il émerveillait mon esprit. Je me délectait de cette présence divine. Je contemplais le cristal du monde, chaque facette, chaque éclat de lumière, chaque éclaboussure écarlate.
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Katia était revenue comme une voyeuse.
Elle était dans le garage, cachée dans un coin d’ombre. Elle recula lorsque je tentais de l’approcher. Elle ne me répondait pas. Son regard restait fixé sur moi. Ses yeux étaient emplis d’une tristesse que je ne lui connaissais pas. Je persistait à vouloir l’approcher, à vouloir la toucher. Elle était pale, glacée lorsqu’enfin elle abandonna sa défiance. Elle était belle. Aussi belle qu’à notre mariage. Ma main étreignit la sienne, caressait sa joue, caressait le l’air froid de l’hiver. Partie. Bourrasque au parfum de rose, “à demain” bruissant doucement à mon oreille.
Elle revint le lendemain. Son visage me bouleversa. “Nous nous revoyons pour la dernière fois.” me transperça. Son alliance brillait encore à son doigt lorsque je saisi sa main. Je lui promis de l’aider, de l’aimer, de la sauver. Je la suppliait de rester. Mots creux et vains sans doute. L’instant d’après ses crocs déchiraient ma gorge. Je ne voyais plus que son oeil droit et sa joue alors que mon corps se convulsait pour échapper à la mort. Une larme rose coulait sur sa joue. Son regard était clair, résolu.
La brûlure de son sang sur mes lèvres fit sursauter mon corps sans vie. Il ranima mon âme, l’arracha à la douce torpeur qui l’envahissait déjà. J’ouvrais les yeux sur son point serré, le sang coulant de son poignet d’ albâtre dans ma gorge déployée. Mon corps vibrait, mon coeur battait, son coeur battait dans un unisson parfait. Unis pour le meilleur et pour le pire. Je priais Dieu pour que cela continue éternellement.
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